12.
Il ne se passe rien.
Pas de crocs, pas de griffes qui labourent sa chair, pas de mâchoires qui la broient.
Elle baisse lentement les bras, soulève une paupière, puis l’autre. Elle discerne un faisceau lumineux qui éclaire le gros chien gisant dans son sang. Sa tête est traversée de part en part d’une flèche qui a l’air de le laisser songeur. Les autres dogues restent immobiles autour d’elle, comme fascinés par la destruction rapide et silencieuse du chef de leur meute.
Lorsque la torche s’abaisse, elle peut enfin contempler l’homme qui l’a sauvée. C’est un grand barbu aux longs cheveux d’un blond filasse, vêtu d’une tenue de camouflage kaki.
Lui, il n’est pas de la police. On dirait une star de hard rock ou un Viking.
Il brandit encore son arc de la main droite. Au coin de sa bouche un cigare émet une incandescence orange. Ses bras nus, épais comme des cuisses, sont couverts de tatouages. Son ventre, composé de plusieurs bourrelets, lui donne l’aspect d’une barrique.
Il soulève le corps de l’animal. Aussitôt les autres dogues déguerpissent.
— Je n’aime pas les clebs, marmonne-t-il en crachant le jus de son cigare.
Il extirpe la flèche fichée dans le crâne du molosse, l’essuie sur sa cuisse et la range dans son carquois.
— Je n’aime pas les pitchounettes égarées non plus. Qu’est-ce que tu fous là, toi ?
Cassandre écarquille ses immenses yeux gris sans articuler un mot.
— Hé, je te cause ! Si tu cherches un parc d’attractions, tu t’es légèrement gourée, pitchounette. Ici, ce n’est ni Disneyland ni le parc Astérix.
Il enferme la dépouille du chien dans la vaste besace qu’il porte en bandoulière.
— Rentre vite, tes parents vont s’inquiéter. C’est l’heure du dernier film, et demain, c’est l’école. Tu n’as pas intérêt à traîner par ici. C’est dangereux.
La jeune fille aux grands yeux gris clair ne répond pas et reste immobile à le fixer.
L’homme la contemple durant quelques secondes, sans rien dire, puis secoue la tête, le nez vers le ciel. Il se remet à pleuvoir.
— Tu ne dis rien ? OK, j’ai compris. Allez, suis-moi.
Il ajoute, juste pour lui-même :
— Toi, je pressens que tu ne vas m’attirer que des pépins.